La violence est une stratégie

Notre violence, la plupart du temps, est civilisée et n’empêche pas, en apparence, de vivre avec les autres. Mais c’est justement cette violence qui contribue aux blindages, aux protections, aux masques, aux replis sur soi et sur une communauté. La violence est une manière de reprendre du pouvoir sur la situation qui déstabilise et d’empêcher une véritable coopération fondée sur un lien de confiance : les gens ne peuvent se révéler les uns aux autres, mais ne montrent qu’une image d’eux-mêmes, celle qui les protège avec ses masques, ses blindages et ses armures.

L’expression si célèbre de Charles Rojzman peut paraître choquante : « La violence n’est pas un problème, mais une solution ». Elle dit une chose simple : la violence apparaît quand une personne ou un groupe n’a trouvé aucune solution à ses problèmes. Quand quelqu’un souffre, il a besoin de sortir de cette souffrance, mais souvent il se sent impuissant à changer quoi que ce soit. Souvent, il croit qu’il souffre seulement à cause des autres ou d’une situation extérieure sur laquelle il ne peut pas agir. La violence est un moyen d’agir, de réagir face à cette impuissance.

Affirmer que la violence n’est pas un problème mais une solution est une autre manière de dire qu’elle permet de sortir de l’impuissance, de ne plus se sentir victime, ni persécuté. Dans l’exemple évoqué, le « voleur » se sent impuissant à changer sa situation précaire mais aussi victime d’un système qui l’aura rejeté (l’école, le monde du travail).

Pour beaucoup de personnes aujourd’hui, la violence est le seul moyen d’agir sur leur environnement et d’obtenir la satisfaction des besoins d’argent, de reconnaissance ou de pouvoir. Et si toutes ces personnes deviennent violentes, adoptent des comportements régressifs, c’est avant tout parce qu’elles se sentent victimes de l’autre : le système, leur famille, leur patron...

Elle est une solution face à l’humiliation : humilier les autres est un moyen de ne pas ressentir la souffrance des humiliations subies par soi-même, par sa famille ou par sa communauté.

Elle est encore une solution contre l’isolement et la solitude subis par un grand nombre de personnes : le racisme et la xénophobie permettent de recréer avec les membres de son groupe d’appartenance un lien identitaire fort face à d’autres groupes devenus ennemis.

Toutes les violences peuvent être considérées comme des solutions répondant à un manque, à un besoin insatisfait, à un sentiment d’impuissance ou de persécution.