Les réactions des groupes face aux peurs

Apprendre à vivre ensemble signifie apprendre d’abord à se connaître. 

La première étape consiste à rencontrer l’autre pour surmonter sa peur, se connaître et se parler. Ensuite, il faut aussi apprendre à connaître, reconnaître sa propre peur, être capable de l’exprimer soi-même pour être également en mesure de comprendre la peur de l’autre, identifier comme tels les masques que prend toujours cette peur.

Ces masques sont ceux de la violence, de la haine, des préjugés et de la bêtise.  La vie en société réveille des peurs. Ceux qu’on ne connaît pas paraissent toujours menaçants et, par une espèce de prophétie auto-réalisatrice, notre peur et notre méfiance vont souvent susciter en retour leur souffrance et leur colère. 

Dépasser les clans et les replis identitaires

Le seul moyen de se protéger sera de rester en bande, en clan, en tribu. On va se rapprocher de ceux qui ne font pas peur parce qu’ils partagent nos expériences, nos points de vue, notre idéologie. Ces clans idéologiques, ethniques, ces bandes de quartier vont constituer le véritable obstacle au vivre-ensemble.

Ces tribus se composent au hasard des affinités électives. Clans ethniques ou professionnels, groupes partageant la même idéologie. Les enseignants et les « intellos », les éducateurs têtes brûlées qui ont roulé leur bosse, les alliances politiques, les communautés religieuses, les « écolos », et bien d’autres encore. Petit à petit, ces clans s’éloignent des autres participants qui leur font peur et les inquiètent, sur lesquels ils ont des préjugés, auxquels ils ne portent pas le même intérêt. C’est ainsi que se forment les ghettos, la ségrégation, les divisions sociales.  Les relations sociales sont empreintes de ces peurs qui se transforment si aisément en violences, parfois effectives et brutales, parfois subtiles et qui s’expriment par des regards et des attitudes hostiles.  

  Pour aller plus loin

Dépasser les représentations fausses

Les représentations de l’autre sont nécessairement caricaturées et simplifiées. Les gens de la campagne se forgent des images fantasmatiques des banlieues, les élites croient connaître le peuple, mais ne le rencontrent plus vraiment, les jeunes de banlieue vivent dans leur monde et se font une image fantasmatique de ceux qui « contrôlent le monde ». Nous croyons connaître les jeunes d’aujourd’hui, les femmes d’aujourd’hui, les policiers, les responsables politiques…

Mais l’image est faussée, fabriquée au gré des propagandes et des modes. Ces images nous donnent l’illusion d’appartenir à une même société, mais au fond, chacun vit dans son monde avec ses informations et garde ses préjugés, ses méfiances et ses peurs. On ne se rencontre plus, cela veut dire aussi qu’il n’y a pas de vrai débat, de vraie vie démocratique. Comme chacun vit avec l’information de son milieu et de son groupe, il n’y a plus d’information circulante entre les jeunes et les adultes, les habitants et les professionnels, les enseignants et les parents.  Si l’on veut prévenir la haine, il ne suffit pas de créer ces espaces d’expression et d’échanges, mais surtout de créant des espaces de rencontre entre des milieux ne vivant plus ensemble aujourd’hui. La ségrégation, l’exclusion ont rendu les rencontres impossibles entre des milieux ne vivant plus dans les mêmes villes ni dans les mêmes quartiers. En conséquence, chaque groupe, chaque milieu, ne rencontrant plus véritablement les autres, développe des images fantasmatiques et souvent diabolisées des autres.