La vie émotionnelle des groupes

Dans les groupes de Thérapie Sociale comme dans la vie, on travaille avec des personnes qu’on n’a pas choisies qu’on ne connaît pas, qui se révèlent progressivement et qui sont à la fois différentes et à la fois similaires. Cela réveille des craintes et des appréhensions qui ne sont pas toujours conscientisées. Nous vivons avec ces peurs, elles sont tapies en nous, banalisées, sublimées par différents moyens; Il s'agit de la peur du jugement, du rejet, de la culpabilisation, de l'agression. 

Nous avons différentes stratégies pour faire face aux peurs que réveillent les autres : indifférence, mépris, jugement, catégorisation, condamnation … Ce sont des stratégies qui peuvent être des stratégies violentes, tournées contre soi-même ou contre les autres. Ces stratégies réveillent chez les autres des sentiments de sympathie ou d’antipathie, conscients ou diffus. On parle de feeling, on justifie par des indices ces « feelings » : physiques, idées, paroles, attitude, idéologie, comportement … La personne est alors figée dans un aspect d’elle et progressivement, elle est limitée et condamnée à ces aspects de soi. Ne plus voir la complexité de l’autre, c’est ce que nous appelons en Thérapie Sociale « la violence ». C’est ce que nous soignons dans notre travail.

Notre violence, la plupart du temps est civilisée et n’empêche pas, en apparence, de vivre avec les autres. Mais c’est justement cette violence qui contribue aux blindages, aux protections, aux masques, aux replis sur soi et sur une communauté. La violence est une manière de reprendre du pouvoir sur la situation qui déstabilise et d’empêcher une véritable coopération, fondée sur un lien de confiance: les gens ne peuvent se révéler les uns aux autres, mais ne montrent qu’une image d’eux-mêmes, celle qui les protège avec ses masques, ses blindages et ses armures.