Transformer la violence par le conflit

Pour tous les groupes, le bénéfice premier du passage de la violence au conflit, au-delà du climat de sécurité qui s’installe, est qu’il devient plus aisé de percevoir les responsabilités partagées, on peut alor se remettre en cause personnellement, l’autre n’est plus le seul coupable. Non seulement cette acceptation d’une co-responsabilité dans toute situation difficile apaise la violence, mais elle la transforme aussi en pouvoir d’action. 

Or, la violence consiste à vouloir changer les autres à partir de notre vision égocentrée, de notre compréhension unilatérale des enjeux. On ne peut changer l’autre hormis par la violence et la contrainte. En revanche on peut toujours se changer soi-même. Et en changeant soi-même, on transforme l’environnement dans lequel on est soi-même impliqué. Cette prise de conscience, une fois acquise, est très réparatrice pour les personnes et guérit en même temps du sentiment d’impuissance : « Je peux agir à mon niveau et mon action peut avoir de l’influence sur la situation que je subis ». 

Alors que le sens commun assimile souvent le conflit à la violence, on s’aperçoit que, très souvent, il y a de la violence là où il n’y a pas d’espace ni de temps pour vivre nos conflits. Le conflit en revanche n’est pas la négation de l’autre ; l’autre existe bel et bien avec des opinions, des intérêts opposés aux miens certes, mais le débat est possible, l’adversaire est pris en compte. Ainsi pouvons-nous être en conflit avec des gens que nous aimons, des amis, un conjoint, un collègue…

Extrait de : La Thérapie Sociale, Rojzman, C., Rothenbühler, I. & N., 2015. Lyon, Ed. Chronique Sociale