Des passions collectives

Les crises sociales aggravent les peurs et inquiétudes des hommes et des femmes, réveillent leurs passions qui peuvent devenir destructrices dans la vie collective. Il y a une part de folie chez l’être humain, qui empêche de vivre ensemble. Depuis toujours, les passions humaines peuvent devenir folles et aujourd’hui particulièrement.

Considérant que les passions et la folie sont dans le cœur de l’homme, la Thérapie Sociale vise la régulation des passions. Elle fait en sorte qu’on puisse vivre avec elles. Cet aspect irrationnel de notre psychisme, souvent négligé en dehors de la psychologie des individus, peut contribuer dans la vie collective à une destructivité qui peut aller jusqu’à la haine et la guerre. Nous sommes capables d’agir de manière responsable, réaliste, en nous montrant sociables et empathiques ou, au contraire, égoïstes, vindicatifs, hostiles. Bien sûr tous les êtres humains ne sont pas semblables, mais il reste que cette ambivalence est présente en chacun de nous, même si la haine et la peur peuvent prendre des masques plus acceptables en société. Cette tendance est issue d'une angoisse qui n’est pas toujours apaisée, provoquant chez l’être humain une sorte de toxicomanie qui le pousse à désirer sans fin.  L’amour, l’argent, le pouvoir, la croyance, peuvent faire l’objet de ce désir dévorant qui empêche l’exercice d’une sociabilité harmonieuse et pacifique.

Cette conception nous oblige à tenir compte de l’existence des passions dans la vie humaine. Bien que les besoins physiologiques des êtres humains soient garantis dans nos sociétés modernes par des formes de solidarité sociale et les structures d’assistance pourvues par l’État, il reste du fait de cette angoisse existentielle en nous des besoins de survie restés inscricts dans le psychisme collectif de l’humanité. Ils sont au nombre de quatre : subsistance, reproduction, protection et information. Le stress, la peur et les doutes réveillent donc en nous, avec l’angoisse de mourir, en rapport à chacun de ces besoins, une passion qui sert en quelque sorte à nous apporter l’énergie et stimuler la créativité nécessaires à la lutte pour la satisfaction de ces besoins. Or, si cette passion est constructive et bienfaisante dans la mesure où elle est notre manière de lutter face à l’angoisse, elle peut devenir pathologique et se transformer en folie, lorsqu’un environnement devient pathogène ou simplement déstabilisant et que nos peurs prennent le dessus sur la raison et l’empathie. Selon le climat dans lequel nous évoluons, l’attitude des personnes de notre entourage, les violences que nous subissons, les passions vont pouvoir soit s’exprimer par la créativité et la coopération ou, au contraire, évoluer vers la destructivité, générant des comportements violents.