Former des leaders

Pour parvenir à faire émerger le meilleur d’un groupe, le leader doit donc en premier lieu se connaître soi-même. Ce qui implique en particulier de connaître ses failles, ses vulnérabilités et les réactions dont il est capable quand il est confronté aux autres. Aider un groupe à surmonter ses difficultés relationnelles, les violences et les peurs qui le traversent est une qualité indispensable pour accompagner comme pour diriger un collectif, une équipe, une organisation.

Il s’agit donc d’offrir un cadre souple mais solide et sécurisant qui va permettre de confronter les points de vue des personnes, de préciser leurs propres objectifs, trouver des modes de communication constructifs laissant la place aux désaccords, des solutions collectives adaptées aux problèmes rencontrés. Seul un leader conscient de lui-même et connaissant sa propre violence pourra aider un groupe à cela, c’est-à-dire apporter suffisamment de sécurité, de lien et de reconnaissance. Il créera par son attitude, son empathie et une définition claire des objectifs poursuivis, un espace de coopération.

Le leader accepte ainsi entièrement son imperfection, ce qui signifie qu’il est, par ses blessures et ses manques, semblable aux autres, en aucun cas quelqu’un de supérieur. Il n’essaie pas d’apparaître comme un modèle, il ne cherche pas à atteindre sinon la perfection, du moins la « bonne attitude », il reste spontané et authentique, ne cherchant ni à plaire à tout prix, ni à se mettre le groupe à dos en montrant du doigt les faiblesses et les torts des uns ou des autres. Cette posture a quelque chose de particulier puisqu’elle consiste à utiliser la totalité de sa personne avec ses zones d’ombre, ses qualités, ses faiblesses et ses forces. Cela permet aux personnes et aux groupes de faire l’expérience d’une autorité faillible mais responsable et d’apprendre ainsi à s’accepter eux-mêmes avec leurs points forts et leurs points faibles.

Cela implique d’une part qu’un leader ne fait pas abstraction de sa propre souffrance. Si elle est assumée et ressentie, celle-ci le renseigne sur ce que vit le groupe. Il est capable d’humilité et connaît suffisamment ses propres blessures afin de pouvoir s’appuyer sur ce qu’il ressent sans que celles-ci ne le manipule. Sans la prise connaissance  de nos motivations profondes et des peurs et tensions qui les révèlent, il est impossible de favoriser un véritable changement en profondeur ni de sortir des violences qui font obstacle à la coopération.