Crise de l'autorité

Une autre caractéristique de notre époque est la disparition progressive du système patriarcal. Toute l’organisation sociale et familiale reposait sur l’autorité des anciens, des pères et des chefs. Elle ne se discutait pas, ni ne pouvait être remise en cause. Les chefs, les pères, les instituteurs, les anciens ou les rois “savaient”.  En conséquence, il convenait de les écouter puis de leur obéir sans avoir à se poser la question du bienfondé de cette soumission.

Or, le développement de la technologie a dévié ce principe d’autorité jusqu’à fonder la société sur un principe d’efficacité, privilégiant l’action rentable et conquérante plutôt que l’action exécutante et obéissante. Ainsi d’un côté, l’obéissance à l’autorité ne va plus de soi mais surtout, le développement technologique accéléré et leur perte de statut retire à ces “pères” la détention du savoir absolu et le pouvoir d’imposer leurs traditions.

La connaissance et le savoir sont devenus accessibles à tous, les jeunes, les enfants et le « peuple » en savent parfois plus dans certains domaines que leurs propres pères, leur dirigeant ou l’enseignant. La crise de l’autorité résulte de l’avènement de l’idéal démocratique. En conséquence, l’autorité n’est plus toute-puissante, et à force de perdre de cet absolu pouvoir, n’ayant pas réussi à se réinventer, a perdu en cohérence et en crédibilité. Elle ne peut plus représenter le repère unique, la force rassurante, les valeurs qu’il convient d’admettre sans discuter.

De cette crise de l’autorité survient une tentation nouvelle, celle de la rébellion plus ou moins visible alors qu’auparavant, la réaction principale était une soumission en partie subie et en partie consentie. Face à cette crise,  l’autorité qui ne s’impose plus d’elle-même, ne sait pas réagir. Elle est tentée alors d’utiliser la force et l’abus de pouvoir qui renforcent encore la violence, ou de banaliser son propre statut, voire de se cacher en évitant de jouer son rôle d’autorité.