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Spécificité et originalité de la Thérapie Sociale L’originalité de la Thérapie Sociale et sa spécificité reposent essentiellement sur:
La Thérapie Sociale est née à une époque de transformations considérables, économiques, technologiques, idéologiques. Ces dernières années, le monde a beaucoup changé : on est passé de la guerre froide à des situations où les conflits internationaux allument des foyers à des endroits divers de la planète. La pression démographique des pays des Sud s’est accentuée à travers l’immigration vers l’Europe, Internet a multiplié les sources d’information et les contacts virtuels. En conséquence, même si les besoins des êtres humains en société n’ont pas fondamentalement changés, les défis qu’ils doivent affronter individuellement et collectivement sont eux très différents. La Thérapie Sociale prend en compte ces évolutions, tout en gardant le cap sur un idéal de société démocratique prônant le collectif sur le repli individualiste, pour un toujours « mieux vivre ensemble ». Il s’agira donc de transformer la violence en conflit qui, lui, permet l’échange et le débat d’idées, de cesser de considérer l’autre comme un ennemi. En effet, sachant qu’un des gros problèmes du vivre ensemble aujourd’hui, c’est la méfiance et le soupçon, comment passer d’une société de défiance à une société de confiance ? Comment vivre la perte des repères ? Comment développer notre créativité collective et individuelle ? Comment accepter l’héritage de Mai 68 où on a voulu se libérer de toutes les figures d’autorité en gardant les aspects positifs et protecteurs de l’autorité ? Enfin, comment articuler le développement de l’individu avec la solidarité et le sentiment communautaire ? Comment créer des communautés qui ne soient pas tribales, exclusives, paranoïaques ? Tels sont les défis que nous devons affronter aujourd’hui et auxquels la thérapie essaie d’apporter sa réponse. La Thérapie Sociale est une discipline relativement nouvelle et ses possibilités d’application sont loin d’être épuisées ; nous pouvons constater que, potentiellement, elle concerne beaucoup de secteurs de la vie collective. Par exemple, le besoin de formation des personnes qui interviennent dans des situations sociales difficiles partout dans le monde est considérable et la Thérapie Sociale, permettant d’articuler le psychologique, le social et le politique répond bien à leurs besoins. Cette vision transdisciplinaire de la société n’est en effet pas complètement acquise. Actuellement, la thérapie sociale se développe en France et à l’étranger, les projets se multiplient et il reste à institutionnaliser cette démarche. Comme toute intervention dans un domaine qui n’est pas purement individuel, la question de l’évaluation est centrale. Le but de la thérapie sociale est de guérir, mais on sait bien que certaines conditions sont nécessaires à sa réussite, en l’occurrence, il faut être capable d’évaluer ce qui entre dans son champ et ce qui en est exclu. Une bonne compréhension de ce que peut faire une Thérapie Sociale et ce qu’elle ne peut pas faire est indispensable. Il faudra apprendre à « déconstruire » tout ce que l’on a l’habitude de voir, de vivre ou d'exercer habituellement dans un travail avec un groupe. La Thérapie Sociale est à l’opposé des techniques et savoir-faire reconnus dans l’animation, la formation et l’enseignement. Contrairement à l’animation, il ne faut pas chercher à contenter et satisfaire les besoins des personnes (apport d'outils, exercices récréatifs…) Il ne faut pas non plus travailler « sur » le groupe, mais « avec lui », ce qui implique de ne pas avoir de programme préétabli, de le construire au fur et à mesure du processus, en coopération totale avec les participants. Contrairement à la formation classique ou à l’enseignement, il ne faut pas « tout apporter » et faire croire à l'omniscience et l’omnipotence de son autorité. Cette figure d’autorité doit se montrer compétente mais nécessairement (naturellement) faillible et insuffisante. Elle sait reconnaître ses erreurs et ses limites pour favoriser l’autonomie et le pouvoir de décision, de réflexion des personnes. Il apprend aux autres qu’une figure d’autorité a besoin des autres pour mieux construire, la coopération avec elle va se révéler nécessaire. Les limites d’une démarche de Thérapie Sociale sont celles posées par les participants et les institutions. Elles sont à chaque fois différentes et nouvelles. On ne peut prédire à l’avance jusqu’où une personne peut aller dans sa capacité de coopération ou dans la délivrance de ses préjugés, de sa haine ou de ses peurs. Les limites tiennent donc aux pathologies individuelles de chacun et l’on ne sait jamais quels individus on va rencontrer. Elles tiennent aussi à des fonctionnements collectifs auxquels on ne peut pas toucher, sous peine de mettre en péril l’institution. Les limites sont tout le temps présentes et il importe de travailler avec elles. La Thérapie Sociale n’est pas toute puissante, ce qui serait contraire à sa vocation. Le thérapeute n’est pas le maître des transformations des individus, il n’a pas à décider ni même n’a le pouvoir de faire en sorte que les gens deviennent coopératifs ou sociables. Il importe de bien comprendre cela : la Thérapie Sociale n’a pas pour but de changer les gens, elle peut seulement créer les conditions qui vont favoriser le changement, par la mise en place d’un environnement propice à la sociabilité. Mais le changement se fait ou ne se fait pas, le thérapeute n’en a pas la maîtrise. La Thérapie Sociale permet – via diverses techniques, méthodes ou procédés décrits précédemment – de recréer les conditions de la sociabilité (être valorisé, ne pas être jugé, être en lien avec les autres) mais cela, dans les limites imposées par les êtres humains et leurs pathologies. La Thérapie Sociale ne s’adressant pas à des individus isolés mais à des individus en groupe, l’on constate que les résistances ou les réticences des gens à vaincre leurs peurs finissent généralement par être dépassées à l’intérieur d’un groupe. Telle est la vertu de ce dernier – ouvrir à la sociabilité -, avec ses limites aussi, car une part des peurs demeure. La Thérapie Sociale n’a pas pour vocation d’éradiquer totalement la haine et la violence qui habitent les individus ; elle prétend juste diminuer cette part de haine et ces peurs ou faire en sorte qu’elles ne prennent pas le pas sur les désirs de sociabilité. A ce titre, la Thérapie Sociale n’est pas destinée à « lutter contre » les discriminations ou la violence mais, partant d’elles, de retrouver les ferments ou les vecteurs de la coopération et de la sociabilité. L’attitude thérapeutique consistera à ne pas nier la violence, que l’on considérera comme une tentative d’adaptation à une situation donnée et comme un signal ou un symptôme informant que quelque chose ne fonctionne pas.
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