POLITIQUE ET PHILOSOPHIE DE LA THERAPIE SOCIALE

                      Extrait du livre « Bien Vivre avec les autres » de Charles Rojzman, éditions Larousse, 2009

 

"Deux illusions ont marqué le siècle précédent : le projet révolutionnaire, qui n’a pas voulu ou pas pu tenir compte des passions humaines et  qui, dans bien des cas, s’acheva de façon sanglante, et le projet de développement personnel, qui oublia l’importance décisive de l’environnement social, économique et politique. Certes, de part et d’autre, il y eut et il y a encore des réalisations effectives à porter à leur acquis : bon nombre de personnes furent sauvées du désespoir et de l’autodestruction par la psychothérapie ou d’autres formes de cheminement personnel. Les luttes collectives ont permis des libérations et l’ouverture d’horizons.  Malgré tout, en ce début du XXIème siècle,  il semble que des dangers nouveaux apparaissent, comme le terrorisme de masse, les tentations totalitaires et fondamentalistes, le règne du profit sans lois et l’épuisement des ressources naturelles. L’homme et la planète sont en danger. Une guérison collective est nécessaire qui tiendrait compte à la fois du besoin de transformation personnelle et du besoin de transformation des structures sociales. Dans cette direction,  mes nombreuses expériences de thérapie sociale en France et à l’étranger m’ont permis d’identifier trois défis principaux pour le siècle qui commence : former les personnes qui devront accompagner les processus de réconciliation et de guérison collective, éduquer à la vie démocratique pour faire face aux tentations totalitaires, transformer la violence et la folie qui font obstacle à une vie collective épanouissante.

La thérapie sociale répond, la plupart du temps, à des situations d’urgence, mais comment ne pas voir que ce que favorise ce travail, à savoir la créativité, la confiance en soi, l’autonomie et la gestion des conflits, fait partie aujourd’hui des objectifs que doit se donner une démocratie faible, qui a besoin de se fortifier pour résister aux tentations du communautarisme, du tribalisme et d’une forme ou une autre de totalitarisme ?

En effet, une démocratie faible, qui ne favorise pas le dialogue conflictuel et donne aux citoyens un sentiment d’impuissance, crée beaucoup de désordres, d’inégalités et d’injustices. Si les citoyens ne sont pas formés à la vie démocratique et en mesure de « savoir vivre ensemble », le danger est grand qu’ils aspirent à des solutions radicales et exclusives. Le totalitarisme n’est pas seulement un régime, il est aussi une attitude qui consiste à répondre aux souffrances, par la nostalgie d’une société parfaite, débarrassée du mal définitivement."

 

 

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